jeudi 14 février 2008

Le silex taillé à l'usure du vent

© Collection privée BROCARD II.

Théodore Monod présentait devant des caméras quelques pierres rapportées du Sahara. Dans son bureau du Musée National d'Histoire Naturelle, il aimait évoquer un biface du Paléolithique. Un côté était anguleux, brut, taillé dans la masse. L'autre par contre s'avérait tout lisse, foncé, patiné, aux formes émoussées.

Il s'agissait presque de deux mondes différents s'opposant sur le même objet. Une face sombre et usée. Un revers, aux arêtes acérées. Si l'homme avait travaillé cela, quel message aurait-il souhaité faire passer à travers un tel objet contrasté ? Les journalistes pouvaient continuer à s'interroger... De son côté le vieil homme s'amusait des questions... Mais finalement tout cela était l'oeuvre d'un Dieu.

Eole avait jeté son dévolu sur cette pierre. Cela devait être il y a près de 150 000 ans. Isolée, seule dans cette immensité du désert, durant des millénaires, le vent travailla sa surface pour lui offrir une superbe texture.

Sur ces photos, cette pierre en jaspe répond en écho à ce souvenir du dialogue avec Théodore Monod. Elle resta fichée dans le sol du Sahara du Niger, assez largement, sur une tranche. L'autre émergea de terre durant près de 9000 ans.
Observez le fil du gratoire. Sur un côté il est très net, presque coupant. Sur l'autre il apparaît également adouci sous les effets conjugués des vents du Sahara.

N'est-il pas fascinant de voir s'affronter dans ces objets la finesse des techniques humaines progressivement effacée par les effets de la nature et du vent ? Il n'y aurait finalement point de pérennité à l'échelle des éléments... A la lumière de cet exemple, nous pourrions nous amuser à repenser le concept de développement durable ?

© Collection privée BROCARD II.
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