samedi 26 janvier 2008

Balance romaine et justice : même combat

© Collection privée BROCARD II.

Il y a 18 ans, j'étais étudiant en droit. Juste pour un temps. Ce ne devait pas être ma vocation. La symbolique de la balance, logo des éditions des différents codes Dalloz m'influença sans doute sur les chemins d'une collection. Cette logique d'équilibre du monde. De la sagesse en toutes choses. D'assurer un jugement équitable, pesé, mesuré, pensé... Cela m'inspirait dans cette quête des balances anciennes sur les marchés de Provence ou d'ailleurs.

Le code Napoléon fut fortement inspiré du droit romain. Cela vous le saviez sans doute déjà. Par contre si vous faites le rapprochement avec les balances romaines dont le mode de pesée existe toujours et a également traversé avec bonheur plus de 2 millénaires, cela devient amusant. L'origine et le symbole du droit se suivent depuis toujours, au fil des différents régimes et fertilisent ensemble la notion de justice.

Sur les marchés d'Avignon ou de Tarascon, je trouvais les deux balances avec plateaux. L'un est en cuivre du début du XIXe siècle. L'autre est en fer et date de la fin du XVIIIe.
La charmante petite balance en bois de buis, vient quant à elle de la région de La Baule et date également des années 1810.

La grande balance sur la droite. L'avant dernière en fait, comporte le système de pesée de l'ancien régime. "La livre avec des subdivisions selon des partages successifs en 2 (demi-livre, quart ou quarteron, demi-quart, once, demi-once). Ces valeur variant selon les régions. Il existait, dans une ville déterminée, 2 ou 3 livres différentes (équivalences de 350 à 550 g)" -extrait du Quid-. Elle date du milieu du XVIIIe siècle.

Une des balances du milieu vient d'un grenier familiale. Elle est toute simple. Mais fort ancienne et comporte deux dates sur le poids : 1685 et un D pour Draguignan peut-être, et une autre date, 1760, surmontée d'une fleur de lys très simplifiée.

L'immense balance sur la gauche fut chiné dans la belle ville de Barcelonnette. Elle va de paire avec le contrepoids en cuivre, isolé sur la droite.

Certaines furent moulées comme les balances romaines du milieu du XIXe siècle, avec une logique de production de masse. Les autres plus anciennes furent travaillées par les maîtres forgeron et des artisans. Il s'agit d'un travail de précision. Assurer l'équilibre de l'ensemble. Ajuster les mesures au plus juste. Du succès dépendra toute une dynamique de transaction, d'achats, de ventes, sur les marchés de France. Imaginez la responsabilité morale que prenait l'artisan. 10 grammes, 20 grammes d'écarts et une balance tel un dés pipé, se retrouve à avantager de façon durable, répétée l'un des acteurs sur des milliers de transactions à travers les siècles. Effroyable.

Le poids du milieu est assez fascinant. Je le trouvais dans les Alpes de Haute Provence chez un brocanteur. La balance avait disparu. Mais à lui seul il représentait beaucoup. Sur tous ses côtés figurent les dates de certification du poids. Ce fut une frénésie. La balance qui hébergeait ce poids a eu probablement un succès considérable. Jugez en par toutes ces dates saisies à la volée : 1762, 1727, 1772, 1751, 1765, 1713, 1744, 1767, 1749, 1771, 1710, 1758, 1734, 1768, 1711, 1704, 1738, 1700, 1750, 1776, 1779, 1766, et le plus ancien 1698. Plus de 3 siècles avant aujourd'hui... J'en reste songeur.

Ouf, ces chiffres martelés, gravés, furent bien difficiles à déchiffrer. Mais finalement quand j'ai vu cet objet, vous l'imaginez je n'ai pu résister. Il me fallait encore prendre un air faussement indifférent, presque blasé pour en faire baisser le prix. Et voilà l'acquisition était dans la poche.
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