dimanche 17 février 2008

Un totem sacré aborigène comme une empreinte digitale

A l'occasion d'un billet sur le site "Détours des mondes", j'aimerais revenir sur les Churingas aborigènes évoqués en Novembre dernier, en particulier sur les différents sens associés à cet objet marquant de la mythologie aborigène.
Objets sacrés, cachés hors des cérémonies, loin du regard des femmes et des enfants, ces pierres gravées recèlent bien des mystères et répondent au nom de "Churinga". Celle-ci appartenait à un individu du désert central de l'Australie et représente l'esprit ancestral de son propriétaire, en quelque sorte son totem personnel. Il ne s'en séparait jamais. C'était comme une part de son identité.

Les motifs gravés délicatement dans la pierre, sans doute avec les dents d'un animal, représentent le rêve associé à ce totem, avec différents éléments comme autant de mots de vocabulaire pour ne jamais l'oublier. Et si besoin aider le propriétaire à en retrouver les signes, pour s'en souvenir toujours.

Certains y voient également un titre de propriété. Comme une vision cadastrale du monde rappelant le lien avec la terre. Un ancrage pour la tribut, une communication chantée avec les éléments les plus marquants du territoire où chacun à un sens et se trouve nommé et magnifié.

Sur ce petit Churinga de 13 cm, un disque se déroule de façon radiale du centre vers l'extérieur. Il imprime un mouvement à la pierre et symbolise une cérémonie à laquelle assistent deux hommes. Ils sont suggérés par un U caractéristique sur la partie gauche extérieur du cercle.
Deux traits sur la partie gauche proche des limites de l'objet laisse imaginer les lignes du chemin du rêve. Cela reste des hypothèses. Il serait tellement fantastique de rencontrer l'homme initié qui portait cet objet.

Un cercle légèrement différent figure sur l'autre côté de la pierre. Il est comme encadré par 3 lignes circulaires faisant le tour sur la partie gauche. Il pourrait s'agir de la face dédiée au totem. L'oeuvre de référence sur l'Ecole de Papunya pourrait laisser penser qu'il s'agit de l'ancêtre Grenouille.
L'usure et les frottements ont par endroit interrompu le fil des cercles mais l'ensemble reste d'une grande finesse telle une empreinte digitale, apparentée à une carte d'identité de notre monde d'aujourd'hui.

Deux illustrations tirées de l'ouvrage "Papunya, a place made after the story" de Geoffrey Bardon, présente deux designs proches de ceux figurant sur le Churinga, qui permettent de supposer que cette pierre appartenait sans doute à un homme de la communauté de Pintupi tout près de Papunya, là où démarra le mouvement contemporain de la peinture aborigène.


D'autres références :
- quelques superbes Churingas du musée de Genève (MEG) : ETHOC 024820, Churinga femelle, Churinga en nacre, Churinga en pierre et ocre, autre Churinga femelle en bois, autre Churinga en pierre, Churinga en pierre noire, Churinga en bois ocre...
- Sacred and ceremonial objects and designes : Churinga
- Encyclopédia Universalis : "Les Churinga sont des pierres gravées sacrées provenant de l'art aborigène australien. Elles représentent le parcours mythique des ancêtres ainsi que la place qu'occupe son actuel propriétaire dans la lignée. Nul ne peut les voir outre les personnes initiées et durant certaines cérémonies".

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