vendredi 16 novembre 2007

Les esprits de la pluie sous les feux de la rampe : les Wandjinas

Esprit de la pluie Wandjina.
© Collection privée Brocard-Estrangin


Un esprit Wandjina gravé sur une pierre teintée d'ocre. Accompagné de deux émus, oiseaux du bush Australien, le visage stylisé et simplifié rayonne d'une forte présence. Il n'y a pas de bouche. Juste des yeux, un visage, dans l'intériorité, sans parole.
Les cils démeusurés cerclent un regard énigmatique scrutant le monde. Cet esprit sacré de la région de Kimberley, remonte aux temps du rêve. Il symbolise le grand maître de la pluie. Il contrôle l'alternance des saisons et reste à l'origine de la création des mers et océans.

Quelques esprits Wandjina furent sous les feux de la rampe en 2000 à Sydney, et dévoilés au monde entier lors de l'ouverture des Jeux Olympiques.

La rencontre de cette gravure et de la pierre, comme ici, rappelle les grottes de la région ornées de multiples esprits Wandjina. Ils sont invoqués lors des cérémonies des anciens et restent encore aujourd'hui fort respectés. L'endroit dispose d'une haute charge spirituelle et chaque visiteur s'annonce aux esprits avant de les rencontrer.

Les artistes Lily et Rosie Karedada sont également réputés pour leurs représentations subtiles des esprits de la pluie.

2 commentaires:

ARTS D'AUSTRALIE•STEPHANE JACOB a dit…

A propos d'une œuvre similaire sur ardoise :
" Originaire des environs de Prince Regent River dans le Nord du Kimberley (Nord-Ouest de l'Australie), Lily Karadada appartient à une importante famille d'artistes spécialisés, depuis les années 1970, dans la représentation des totems de leur clan et des divinités de la région : d'abord sous forme de gravures (sur noix de baobab, sur didjeridoos, ou encore pierre et ardoise) puis sous forme de peintures - sur bois et sur toile.

Renouant ici avec la tradition de la gravure sur ardoise, l'artiste s'inspire avec cette pièce exceptionnelle des peintures rupestres caractéristiques du Kimberley pour mettre en scène un Wandjina, être merveilleux considéré comme une figure des Esprits créateurs du Temps du Rêve. Il semblerait qu'à l'origine ces divinités aient été des représentations de défunts : l'absence de bouche propre à leur représentation évoque en effet des crânes dépourvus de mâchoires inférieures.

Par la suite, les esprits Wandjina ont été en partie assimilés à des divinités des airs et des eaux et liés à des mythes où intervenaient d'autres grands Ancêtres et en particulier des chouettes totémiques (les Dunbi). On raconte ainsi qu'au temps de la création, deux jeunes garçons ayant attrapé l'un de ces animaux le propulsèrent vers le ciel où il se transforma en un énorme nuage. Tournant sur lui-même et avec l'aide des esprits aériens Wandjina, il fit surgir un redoutable cyclone qui engloutit les facétieux. Ce serait depuis lors qu'on invoque les Wandjina afin de faire venir la pluie et redonner vie à la terre en période de sécheresse. Mais pour éviter qu'ils ne déclenchent de trop fortes tempêtes on les représente symboliquement dépourvus de bouches.

En évoquant la mystérieuse et massive physionomie d'un Wandjina dont le corps est recouvert de motifs claniques et rituels (peintures sacrées ou tatouages), l'artiste s'inscrit dans la même perspective sacrée de célébration de l'esprit qui était celle des Aborigènes du Kimberley il y a des milliers d'années.

Ainsi peut-on voir dans cette œuvre à la fois un acte de piété religieuse mais aussi le désir de rendre hommage à une tradition ancestrale, de se situer par rapport à elle et de manifester les liens étroits entre initiation rituelle et pratique artistique."

Amitiés,

Stéphane Jacob
www.artsdaustralie.com

Bertrand a dit…

Bonjour Stéphane,

Merci pour votre visite et votre érudition. C'est à chaque fois enrichissant de passer la porte des mythes aborigènes avec votre aide comme "passeur". Je me permettrais de reprendre votre texte à l'occasion d'un billet sur un même sujet.

Bien amicalement,
Bertrand