mardi 24 juillet 2007

Ils achètent de la farine avec des méreaux

Les jeux de la collection autorisent quelques incartades, au delà des arts nomades vers la numismatique. En tous les cas, ce fut pour moi un passage. Des objets simples, faciles à trouver dans les champs, sur les pentes des châteaux comme sur cette image.

L'enthousiasme de la découverte dans une gangue de terre, d'une petite pièce invitait à traverser les siècles. Sur cette photo, nous devons aller un peu plus loin en arrière, vers le 10e siècle, âge probable de ces monnaies.

A cette époque, en Haute-Savoie, la monnaie frappée par les seigneurs du lieu n'était pas toujours dans un métal noble. L'argent, le cuivre ou le bronze étaient bien plus utilisés que l'or. Et de temps en temps d'autres métaux comme le plomb remplissaient le même office.

Les numismates ont inventé d'autres termes pour ne pas appeler les productions en plomb du terme de monnaie, et lui préférer celui de jetons ou méreaux. Un peu comme s'il s'agissait d'arts mineurs ou tout simplement d'un emploi non avéré autour d'une valeur encourageant l'échange ou le paiement de denrées.

Ces quelques pièces en photo restent marquées par le temps passé en terre. Au fil des siècles elles ont hérité de la teinte des oxydes dans le sol marquant d'or, d'ocre, de gris, ou de sable le plomb qui les compose.

C'était il y a plus de 20 ans. Nous les trouvions sur les pentes d'un chateau en ruine de Haute-Savoie. Le graphisme est assez proche des productions de monnaies autour du Xe siècle. Mais les symboles qui les ornent restent encore aujourd'hui quelques peu mystérieux si ce n'est inconnus.
Et c'est sans doute cela qui passionne. Il existe encore dans ce domaine des zones d'ombre. Un savoir non transmis.

La plus belle hypothèse est celle de jetons servant de monnaies d'échanges pour différentes denrées. La farine suggérée par les roue à aube des moulins dessinés par les cercles et les croix sur certains revers... La ferronerie par certains entrelacs travaillés...

Il serait intéressant de lancer une étude sur ce sujet. Mais reste encore un mystère, pourquoi tant de méreaux sur les pentes raides de ce château ? Des restes des poches garnies de soldats tués lors d'un assaut ? L'envoi de la pièce dans l'air et le vide une fois la transaction réalisée ?

Ces jetons restent simples. Dérisoires. Modestes. Et plein de poésie dans ces motifs diversifiés, artistiques, géométriques, que tant de petites mains devaient utiliser pour assurer leur subsistance.
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