dimanche 1 avril 2007

Rencontre d'outils au détour des geniers

Témoins des métiers d'hier, de la fuite du temps, de la mémoire qui passe, ces outils simples, presque populaires m'enthousiasmaient dans ces premières rencontres avec l'objet. Celui de légions d'hommes et de femmes aux prises avec le quotidien, dans la vérité des marchés, des ateliers, éclairés par de timides lumières.

Je débutais cette collection de quelques objets en ferronerie tout d'abord dans les boites à outils de la famille, à Limoges, Thorenc ou Royan. Ces vieilles fermes et maisons, transmises de pères en fils, avec leur vaste armées d'outils. Oubliés l'origine, de qui celui-ci vient, qui l'a façonné, pour quel ouvrage ? L'outil est là, utile ou oublié, dérisoire dans sa robe de rouille.

Au creux d'un escalier, près de vieux chenets, je découvrais cette ancienne balance romaine dotée de ces trois crochets habilement dessinés. Elle semblait ancienne. Bien pratique pour peser. Mais la marque de fabrique sur le poids fut déconcertante : 1760. La maison qui l'abritait n'avait pas plus de 140 ans, bâtie autour de 1855. Cette balance était une rescapé d'une ancienne habitation, passant d'une main à l'autre dans l'indifférence que l'on accorde aux outils. Elle avait connue la révolution française, le changement des mesures, des livres aux kilos. Toute la panoplie des aliments soupesés pour nourrir le ventre de l'humanité.

Sur la droite, un pic, ourlé de "voluptes" tournées est une petite enclume portative emportée dans les champs. La faux dont le coupant vient de s'émousser avec la silice contenue dans les végétaux ou par le choc d'une pierre, pouvait ainsi être redressée sur place. Pic fiché en terre. A l'aide du petit marteau joint tout rentrait dans l'ordre pour continuer le travail.

Une petite enclume de bijoutier chinée chez un brocanteur de Provence joue les correspondances avec les hommes des moissons plus haut. A quelques pas, deux cercles, comme les lunettes d'un géant, ou des anneaux d'un autre âge sont en fait des menottes rustiques de la fin du XVIIIe siècle. Que faisaient-elles dans cette boite à outils ? Par quel hasard avaient-elles abouties à cet endroit ? Quelles contraintes avaient-elles imposé ?

Au pied du mur, deux lampes à huile évoquent le souvenir des soirées auprès des chandelles. L'une du XVIIIe s'orne délicatement d'une coquille comme les pélerins de Saint Jacques de Compostelle. Si petite. Portative. Peut-être a-t-elle accompagné l'un d'eux sur les routes.

Posés hier sur un mur dans mon appartement à Paris, ces objets jouent les stars l'instant de la photo dans l'escalier, avant de retrouver leurs étagères, de susciter la question, ou de chanter leurs histoires.
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