mardi 3 avril 2007

Art aborigène : l'audace de Minnie Pwerle

Ma première rencontre avec une toile de Minnie Pwerle fut en fait dans une galerie à Paris, sur les quais de la Seine. Des peintures de Minnie aux teintes sépia, couleur de terre comme celle du Bush autour de la région d'Utopia, étaient partiellement exposées. Le galeriste est passionné. Il m'ouvre sa réserve. Me dévoile de magnifiques oeuvres des premières années. Il évoque le travail de l'artiste, ses rencontres avec elle en Australie, sa spontanéité dans la création, d'une main libérée aussi jeune qu'elle est vénérable du haut de ses 90 ans.
Je suis en quelque sorte fasciné par les blancs qui se répondent en écho sur la toile, de façon aléatoire, équilibrée, comme le ramage d'un arbre poussé par mère nature.

Les traits ajustés, orientés, comme la partition du chant d'une cérémonie, offrent des effets de relief dessinant comme les formes des corps ondulant sur les pas de la danse. D'un pied, de l'autre, ils martèlent le rythme des histoires des ancêtres.

Peu familier des couleurs vives, cette peinture introduira chez moi comme une rupture, ouvrant des portes vers d'autres créations et compositions audacieuses. Une palette de teintes soutenues souligne la relation intime des aborigènes avec la terre ocre du désert. De leur côté les petits cercles colorés symbolisent les différentes étapes de mûrissement des melons du bush avant la collecte.

Dans cette oeuvre chaque élément est porteur de sens comme dans toutes les oeuvres aborigènes. Cela reste une source fertile pour celui qui la contemple et décuple l'intérêt du collectionneur. Au delà de l'enthousiasme esthétique, se dégage ainsi la spiritualité et la puissance des rêves de ces intellectuels du désert.

Minnie Pwerle a commencé à peindre sur les corps, organisant les cérémonies des rêves de l'Awelye Atnwengerrp. Traits posés, ourlant les poitrines des femmes, soulignant les formes des corps, renforçant l'univers associé à l'organe. Certaines formes de la peinture évoquent avec subtilité les seins nourriciers.

Dans cette petite femme, courbée, usée, se retrouve un peu toute l'histoire des premiers artistes de l'humanité. Tous commencèrent à exercer leurs talents sur leur peau, celle de leurs proches, avant d'orner les parois des grottes ou comme ici bien plus tard des toiles en lin.
Des dizaines de milliers d'années ont été nécessaires pour passer d'un support à l'autre. Minnie a traversé ces étapes en fort peu de temps, peignant à la toute fin de sa vie, avec une fraîcheur incomparable, renforçant la puissance d'un style personnel et souvent énigmatique.
Enregistrer un commentaire