mercredi 7 mars 2007

Mauritanie : ils inventent le métal aux confins du Sahara

© Collection privée Brocard-Estrangin


Quelques armes en métal figées dans le liège comme autant de trophées, saluent une époque bien lointaine. Votre imagination vous guiderait vers le moyen-âge ou pour les plus audacieux vers l'empire romain ? Vous vous rapprochez mais ce n'est pas encore tout à fait cela. Il convient de creuser un tout petit peu plus loin, bien que la teinte du métal suggère la patine d'une beau bronze. La finesse des pointes de flêche pourrait constituer un indice.
Cependant on imagine mal ces armes percer une armure ou le cuir d'un animal, pas plus que la peau d'un ennemi, avec moins d'un millimètre d'épaisseur. Et pourtant. Elles servirent pour un temps. Peut-être bien juste une fois avant que le choc ne courbe les pointes. Le bronze n'existait pas encore. Mais les capacités d'innovation de l'esprit humain continuaient leur marche.

Ce soir là, il y a fort longtemps, dans un four composé de pierre et terre crue, une femme venait de faire cuire différents aliments. Après une bonne nuit de repos au sein du village, dans le four refroidi, une enfant enlevait les cendres et scories accumulées pour découvrir quelques déchets rigides, froids, non maléables. Une nouvelle matière, bien plus lourde que la pierre, à la couleur profondément rouge. Cette adolescente venait de mettre la main sur un premier métal.

Elle le garda pour elle. Utilisa une meule empruntée à ses parents pour polir l'objet, s'en faire un pendentif et susciter la curiosité tout autour d'elle. Où as-tu trouvé cela, lui demandaient les anciens. Comme c'est joli soulignaient d'autres femmes. Le succès remporté par cette trouvaille conduisit la jeune fille à révéler ses sources. D'une pierre riche en cuivre composant les parois du four s'était échappée cette coulée de métal. L'expérience fut renouvelée et renouvelée. L'âge du cuivre venait de voir le jour.

Cette découverte allait entraîner la fin d'un autre monde. Celui de légions de tailleurs de pierre, qui avaient traversé le temps sur des centaines de milliers d'années. La lutte fut inégale. D'un moule les innovateurs généraient de nouvelles pièces en série, fines comme des lames. Avec toute leur science, les tailleurs cherchèrent à grimer ces nouvelles formes. Mais ils ne pouvaient suivre. Une pointe de flêche en silex sur dix atteignait le niveau de finesse et de perfection du métal, quand les nouveaux métalurgistes offraient sans échec de nouveaux exemplaires dans ces matériaux. Ce changement resta circonscrit aux régions où existaient des gisements de cuivre mais il allait tout de même faire le tour du monde.

Produit de luxe au départ, le métal du chalcolithique cohabita quelques temps avec les silex taillés de -5000 à -3500 ans avant J.C.. Puis le changement fut plus radical avec l'invention du bronze. Un métier venait de disparaître. Un autre voyait le jour. Et cela reste immuable dans la course technique que mène l'humanité. Ces transitions me fascinent dans leur effet d'accélération. Dans la révolution introduite. Dans la capacité de la communauté à copier la trouvaille géniale à travers la planète.

Aussi je ne résistais pas lors d'une visite en Mauritanie, en tombant sur une petite pointe de flêche en cuivre à la patine verte profonde, proposée par une marchande généreuse. C'était juste un premier symbole, la collection ci-dessus arriva plus tard. Elle reste rare comme le soulignait Théodore Monod pour les objets en cuivre du Sahara. Les hâches dans ce même matériaux étaient des objets emblématiques des hommes importants de cette époque, soulignant leur rang comme le magnifique exemplaire qui avait été retrouvé auprès d'Otzi, l'homme des glace.
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