mercredi 3 janvier 2007

Esprit de collection : une histoire

Une collection vit, se nourrit de la rencontre, de l'échange, du partage. Presque un paradoxe. Le collectionneur rassemble, réunit des pièces pour son plaisir, dans une quête émotionnelle ou savante. Engagement avant tout individuel constitué d'interactions avec d'autres collectionneurs, galeristes, amateurs.

Une fois l'objet dans la collection. Placé. Ajusté dans un contexte élaboré sur un meuble. Presque inerte. Il résonne, il respire dans sa forme et de sa culture. Il parle encore un peu au collectionneur. Un temps. Puis dans une connaissance mutuelle le dialogue s'émousse. Un peu comme un vieux couple qui s'est tout dit et se comprend en silence. C'est beau et respectable. Riche dans des jeux de connivences quotidiens.

L'objet quant à lui ne peut se satisfaire de ce silence. Ou il s'éteint. Perd son éclat. Sa puissance d'évocation. Devient simple matériel. Casse le fil avec son origine. Une fois collecté, l'objet doit développer un écho. Susciter des questions. Inviter à la découverte. Raconter une histoire. La sienne, celle de sa civilisation, des métiers. Des hommes qui l'ont utilisés. Il est témoin et doit jouer son rôle.

C'est la grande tristesse pour moi de certains musées. Où l'objet est exposé hors de son contexte. Perdu l'histoire de ceux qui l'ont trouvé, les anecdotes, le contexte où il s'épanouissait, le fil rouge des précédents propriétaires... L'objet de collection a une âme. Des âmes. Celles de tous ceux qui l'ont effleuré, utilisé, collecté.

A mon sens, le collectionneur si modeste soit-il, s'il s'engage un instant dans une quête autonome, individuelle, devra bien naturellement plus tard s'interroger sur l'écho à donner aux objets et des liens à tisser tout autour.

Je comprends maintenant mieux cet aïeul Français vivant à Moscou et grand collectionneur de primitifs flamands, qui décida d'ouvrir périodiquement sa collection au public. Leur maison particulière était transformée en 1880 en musée (collection Brocard), et des expositions d'apparat se sont tenues dans la fameuse grande galerie du Goum sur la Place Rouge avant la révolution russe. Les subsides étaient versés à des oeuvres sociales. C'était une autre époque. Celle de changements majeures en Russie au tournant du siècle. Les jeunes aristocrates préférant convertir le patrimoine de leurs anciens en liquidités afin de pouvoir réagir promptement en fonction des aléas.

De remarquables collections d'art se sont ainsi retrouvées sur le marché offrant à la bourgeoisie fortunée de l'époque des opportunités uniques. Des Rembrands, Durer, Georges de la Tour, et bien d'autres artistes se trouvaient ainsi accessibles sortant de collections où ils avaient été thésorisés durant trois siècles. Ce sujet mériterait un livre : la saga des parfumeurs français en Russie durant la révolution industrielle. Et avant la révolution russe où tous leurs biens furent nationalisés : industries, collections... Cela sera pour une autre fois. La démarche par contre fertilise l'idée de collections bien plus modestes.
Enregistrer un commentaire