dimanche 28 janvier 2007

Les objets tissent des liens intimes


Quatre siècles dans le notariat s'illustrent dans cette petite bibliothèque par quelques ouvrages : manuel des huissiers, traité des injures, traité des juges de paix, droit naturel, institut de Justinien, causes célèbres, recueil de Breton, Style de Gavret, Theophili Institutionum de 1681, les codes de Napoléon... Les ouvrages de références marquent le temps. Ils donnent le "la" d'un engagement au service du droit, au coeur de l'histoire des familles, dans les secrets les plus intimes. Cette caisse de livres se trouvait abandonnée dans un grenier encadrée par un bois brut, à l'abris de la lumière, oubliée.

Et pourtant ils furent sans doute nombreux ces notaires, à parcourir ces ouvrages, à s'inspirer des textes, à chercher la vérité. Dans d'autres malles ils conservaient des discours, témoins de prouesses, de tirades, d'envolées éloquentes. Autant de repères pour structurer un débat, densifier un point de vue, donner vie à une diatribe... pour une autre part de la famille avoué et avocate.

Hommes de loi, ils suivirent leur temps et cédèrent aux sirènes de la révolution industrielle. Témoins de ces engagements, quelques flacons de parfums soulignent ce virage aux tournants du XIXe siècle.
Oeuf cartonné russe protégeant une fiole en verre des années 50. Un parfum sans doute très concentré, fruit des innovations du grand Henri Brocard, génial parfumeur français à Moscou avant 1900.

Deux autres récipients en cristal tutoient les siècles. Simple flacon doré, témoin d'effluves, à la rencontre de son client au XVIIIe siècle. Ou plus élevé, aérien, petit flacon art nouveau illustré par des accents d'eau de cologne.

Au centre, un clin d'oeil vers les premiers sursauts de la parfumerie en Mésopotamie : un rouleau de pierre en négatif, timbre d'une autre époque, aux caractères cabalistiques. Jeu des signes. Personnalisation de l'empreinte dans l'acte. Presque une correspondance avec les ouvrages de droits.

Au delà, tout en haut, posé sur l'étagère, un oiseau de cristal se repose un instant et débute sa toilette. Edité à plusieurs exemplaires par la maison Lalique il reste terriblement unique pour moi. Imparfait, aux angles émoussés par des années passées dans la famille, il représente en partie notre maison de famille à Limoges. Je me souviens de lui, posé sur la cheminée de style Louis XV dans le salon. L'odeur d'encaustique du lieu, la patine des murs, les confitures d'abricot mijotant dans la cuisine, les meringues conservées dans les boites en fer blanc... L'amour aimant d'une grand-mère... Cet objet est tout simple mais tisse un lien secret avec toute une époque. Aujourd'hui la maison a disparu. Notre grand-mère n'est plus. Mais la mémoire et les objets témoignent, reveillent pour toujours ces instants partagés.

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