mardi 17 juillet 2007

Table basse et cabinet de curiosité ?

Je reprends cette nouvelle pour la compléter par cette composition en forme de table basse.
Rassemblement de malles anciennes, de valises et d'objets des continents. Un mortier du mali équilibre et pose l'ensemble. Oiseau de Papouasie Nouvelle Guinée, rouleau de savon de Marseille, lionne en bronze, meules du néolithique, boite russe dans le style art nouveau rustique des datchas cohabitent sur ces bagages.

Il ne reste plus beaucoup d'espace pour déposer verres et gateaux d'apértif mais l'esprit y est.
Sur le plan vertical, les objets dessinent une diagonale vers le plafond, d'une bougie ronde à l'esprit Mimi en bois noir de l'artiste John Mawurdjul. C'est une curieuse disposition qui étonne. Ainsi rares sont invités restés silencieux dans ce salon.

Un peu plus loin sur une commode, un autre ensemble rapproché un peu dans l'esprit des cabinets de curiosité de l'ancien temps.
Une toile aborigène de l'artiste Lilly Karedada. Peintre réputée de la région de Kimberley. Le thème central des oeuvres de Lilly tourne autour des Wandjinas, visibles depuis des millénaires dans les grottes de sa région. L'histoire de ce rêve lui a été transmise par sa mère durant ses jeunes années. Les Wandjinas ou esprits de la pluie sont à l'origine de la création de la nourriture du bush australien. Le rebord de la peinture est déliminité par une combinaison de pointillés ocres sur un fond jaune-orangé, symbolisant l'espace sacré où rayonne les 4 esprits.

Sur la commode, se retrouvent rassemblés différents continents avec deux photos soulignant différents objets à quelques mois de différence.

L'Afrique avec une petite statue Dogon. Quelques éléments de patine persistent dans les creux avec une légère dominante crouteuse blanche.

A gauche de la pendule apparaisent quelques pointes de flêche et hampes de lance en cuivre, avec une intense patine vert foncée, provenant du sud-ouest du sahara, d'un temps lointain : le chalcolithique. Phase de transition juste avant l'âge du bronze.

L'Amérique se dessine ensuite. Honneur aux inuits. Avec une sculpture aux cinq visages, file des générations, en stéatite, de l'artiste Joy Hallauk. Un petit chaman en pierre au front inspiré. Un visage arrondi et souriant gravé dans une vertèbre de baleine à demi-fossilisé et un petit ours dans la même matière.

Au centre, les îles de Papouasie Nouvelle Guinée affirment leur savoir-faire dans l'art du polissage des hâches cérémonielles. Sept superbes spécimens, du XIXe siècle à aujourd'hui, dans un ensemble de couleur jaspées d'un vert plus ou moins intense, allant jusqu'au gris tacheté.

A côté de l'oiseau peint de la région de Maningrida, collecté au Musée aborigène d'Utrecht, deux superbes pendentifs Lonka Lonka en nacre habitent sous la lampe bouillote. Ils sont patinés d'une sombre couleur ocre. L'un a une taille honorable de 20 cm et l'autre plus petit représente un rêve lié à la baleine.

Sur la partie gauche, l'Europe prend forme avec une racine de genièvre, ramassée en Montagne dans les Alpes de Haute Provence, au bord du chemin. Usée par le temps, la neige, le gel, elle ressemblerait presque à un bois flotté ourlé d'une courbe d'écume dans la vague.

Soutenant le tableau, quelques pierres polies. Monnaies proto-historiques provenant de tombes au Niger, elles s'alignent également sur le fil d'attache du boomerang collecté à Halls Creek dans les années 1950.

Les civilisations, les siècles se tutoient dans cet espace étroit. Le vide stimule la pensée mais cède la place ici à une communauté d'objets, porteur chacun d'une histoire, d'une culture qui tisse sa toile et témoigne bien au-delà du lieu.


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