jeudi 25 janvier 2007

Art aborigène : la palette initiatique de Minnie Pwerle

Deux regards vous observent aux antipodes de la toile. Ronds, étonnés, cerclés, encerclés encore et encore, tels les yeux d'un caméléon qui aborde le monde... Il s 'agirait presque d'une vision qui change, se transforme, évolue d'un cercle à l'autre, se reflète dans les différents trous d'eau, au fil du rite initiatique. Vous êtes arrivé dans cet état. Vous n'en ressortez plus jamais pareil après les cérémonies de passage, tellement transformé.

Chaque toile aborigène a toujours eu de multiples significations. Certains artistes vont jusqu'à représenter le mythe dans son entier, puis à l'aide des couches successives de peinture, ils dissimulent les visuels les plus sensibles.

Cette partie cachée s'apparenterait presque à une "rallonge électrique", avec une partie mâle et une autre femelle, chaque peinture empruntant aux deux essences. Au delà de la trivialité du terme, l'image fonctionne, une artiste femme ne pouvant peindre les symboles liés à l'autre sexe sans s'attirer les foudres de la communauté. Cependant au tout début du mouvement artistique aborigène de nombreux excès ont existé d'un côté comme de l'autre et les conflits furent nombreux.

Le mythe évoqué dans la peinture, non totalement dévoilé, mystérieux, stimule avec succès l'imagination occidentale. Il invite chacun à retrouver les symboles "premiers", ces vecteurs d'un autre temps, que Jung retrouvait comme base primordiale dans l'imaginaire de toute l'humanité.

Des milliers d'années, de kilomètres nous séparent mais la fertilité des interprétations tissent des passerelles entre le monde aborigène et occidental. Des liens étroits qui ne doivent cependant pas nous éloigner du sens "public" souhaité par l'artiste. Ce message ouvert, transmissible, partagé même avec l'étranger.

Minnie Pwerle, commença à peindre tardivement en 1999, vers l'âge de 80 ans. Dans ses peintures, elle représente le plus souvent son pays, sa région, l'Awelye Atnwengerrp. Les jeux et combinaisons de couleurs, avec des traits épais et libres soulignent le plus souvent les peintures corporelles ombrant les seins des femmes lors des cérémonies initiatiques.
Ponctuant le même tableau, ou de façon totalement autonome, les melons du bush australien se retrouvent mêlés aux rythmes de la chair, aux accents du corps.

Dans ses premières années Minnie Pwerle utilisait des couleurs ocres, terreuses, grains multiples composant la palette du bush Australien. Puis son oeuvre prit une autre direction avec des teintes beaucoup plus libres, innovantes, se détachant des vibrations lumineuses du lieu pour dévoiler des combinaisons audacieuses, plus oniriques et joyeuses, terriblement contemporaines, avant de disparaître en Mars 2006.
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