lundi 18 décembre 2006

Ils habitent le désert

La Préhistoire commence par la boite à outil. C'est là dans ce placard que je retrouve les minuscules flêches taillées rammasées dans le désert algérien, à côté des vis, clous et tournevis. Un clin d'oeil presque symbolique, taquinant les siècles. Je rassemble ces quelques pointes. La quête de l'outil commence.
Un premier trek en Mauritanie me permet de rassembler quelques haches polies du néolithique. Et sur le marché d'Atar, au détour de quelques objets cassés, je tombe par hasard sur une flêche à la magnifique patine verte. D'une grande finesse. Voilà un modeste mais grand témoignage d'une autre époque : le chalcolithique. La pierre s'efface pour laisser la place au métal. Là où les gisements de cuivre se révèlent.
Comme dans toute rupture, cela a du être bien difficile pour les compagnons tailleurs de silex. Se voir ainsi préferer des outils en métal et négliger cette merveilleuse matière, ce savoir ancestrale qui a façonné la pierre. Ils vont tenter de résister et créer les dernières flêches taillées, aussi fines que possible pour rivaliser avec le métal. Peine perdue, la révolution est en marche.
Le désert est si riche, si "habité". Au détour des dunes, s'assoire un moment, passer la main sur le sable et dans le creux, là où la pierre ou un sol plus dur apparaît il n'est pas rare de découvrir quelques restes de gourdes en coquille d'autruche, des silex ou hâches, ou des tessons de poteries.
La végétation, la terre a disparu. Ces témoignages jouent avec les mouvements du sable. Tous les objets accumulés en son sein pendant des millénaires se retrouvent ainsi ensemble sur la même surface plus dure. Imaginez si la terre d'Europe ouvrait son manteau pour dévoiler tout ce que nous avons oublié à travers les âges.
Et Milly ou la terre natale de Lamartine de revenir chanter la résonance du temps, des objets qui passent et transmettent le témoin. Ah quelle belle machine à remonter le temps.
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